Le déni de sensibilité

J'ai honte d'être si sensible

Pendant longtemps, je n’ai pas compris que j’étais hypersensible.

Ou plutôt, je le savais. Mais je refusais d’en parler.

Je m’étais construit un système bien rodé pour avancer sans trop ressentir. Ne pas regarder de films violents. Éviter la foule et le bruit. Garder un cercle d’amis restreint. Manger les mêmes aliments rassurants. Porter des vêtements confortables.

À 30 ans, j’étais devenue la personne à laquelle j’aspirais depuis toujours : quelqu’un d’apparence « normale », un peu réservée mais avenante. Je savais faire semblant. J’étais enfin fière de qui j’étais.

Sauf qu’un détail résistait : je rougissais dès que je prenais la parole.

→ Mon corps exprimait ce que je tentais de taire.

Le miroir

Puis ma fille est née.

Très tôt, j’ai remarqué chez elle un tempérament peureux et réservé. Les séparations étaient difficiles. Les inconnus, source d’angoisse. Son entrée en maternelle a confirmé ce que je redoutais.

C’était un miroir qui me renvoyait directement à mes blessures d’enfance non résolues.

Ma fille a reçu les mêmes critiques que moi à son âge.

Pourquoi elle ne parle pas ? Elle est timide ?
Il faudrait la forcer un peu.

J’étais effondrée à chaque remarque. Et mon déni de sensibilité a fait de moi son premier bourreau. Je ne disais rien face aux commentaires désobligeants — pire, j’essayais de la pousser hors de sa zone de confort. Comme si la forcer allait lui éviter de devenir comme moi.

→ Le problème était bien là : je ne voyais pas ma fille. Je me voyais, moi, petite.

Le déclic

Il a eu lieu en janvier, en maternelle.

Chaque matin, je l’encourageais — avec bienveillance, croyais-je — à dire bonjour à sa maîtresse. Un soir, en faisant le bilan de sa journée, elle m’a confié tout simplement : « J’ai peur. »

Qu’elle arrive à nommer son émotion m’a ouvert les yeux.

Évidemment qu’elle avait peur. Moi aussi, petite, j’avais peur de parler aux adultes. Alors pourquoi m’obstinais-je ?

J’ai réalisé avec douleur que j’ignorais les peurs de mon enfant. Que je ne l’aidais pas à les accueillir. Que je lui demandais d’être différente de ce qu’elle était.

Du jour au lendemain, j’ai changé de combat. Mon objectif n’était plus qu’elle soit « comme tout le monde », mais qu’elle soit bien dans sa peau.

Et vous savez quoi ? C’est le jour où j’ai arrêté de lui demander de dire bonjour qu’elle a doucement trouvé sa voix — en saluant, d’elle-même, les personnes avec lesquelles elle se sentait à l’aise.

L’affirmation passe par l’acceptation. C’est ce que je n’avais pas eu la chance d’apprendre plus jeune.

→ L’affirmation passe par l’acceptation. C’est ce que je n’avais pas eu la chance d’apprendre plus jeune.

L’acceptation

Elle a été longue. Pendant plusieurs mois, j’ai alterné entre déni et réalisation. Malgré toute ma bienveillance, je ne supportais pas de voir ma fille en difficulté. Elle était la seule à pleurer au spectacle de l’école. La seule très angoissée lors des anniversaires.

Cette tristesse s’est transformée en colère. Contre ceux qui ne comprenaient pas. Qui la faisaient culpabiliser. Qui minimisaient.

Puis la colère est devenue une force.

J’ai commencé à reprendre les gens — ma famille, les maîtresses, mes amis. À m’affirmer. Et plus je prenais la parole, moins je rougissais. Je reprenais possession de mon identité.

Le déclic final est venu lors d’un séminaire professionnel. Une coach a dit une phrase qui m’a traversée :

« Et si on arrêtait de se cacher ?
Et si on amenait nos vulnérabilités au travail ? »

J’ai pleuré ce soir-là. Mais j’avais compris : je n’avais plus besoin d’avoir honte de ma sensibilité, ni de la cacher.

En parlant ouvertement d’anxiété, de timidité, de ce qu’on cache d’habitude — j’ai vu les autres s’ouvrir à leur tour.

→ Mettre en lumière nos vulnérabilités, c’est éduquer notre entourage. C’est aussi, peu à peu, se réconcilier avec soi.

Pourquoi La Voix Sensible existe

C’est pour ça que je crée cet espace.

Pour parler tout haut de ce que beaucoup cachent. Pour mettre des mots sur l’anxiété, la rougeur, la timidité, la neurodiversité. Pour moi, pour mes enfants, et pour toutes les personnes qui se sentent différentes — et qui pensent, parfois, qu’elles sont les seules.

→ Vous n’êtes pas seul·e.

Et si vous vous reconnaissez dans ces mots — vous êtes exactement là où vous devez être.

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