Arrêtez de me dire que je suis rouge, je le sais déjà.
Si j’avais une baguette magique, je corrigerais mes rougeurs.
Elles arrivent sans prévenir. Elles sont visibles immédiatement. Et elles trahissent mes émotions.
« Ce n’est pas grave de rougir », minimise-t-on quand j’ose en parler.
Facile à dire, quand ça ne vous traverse pas l’esprit dix fois par jour.
Parce que moi, pendant longtemps, rougir facilement a été un véritable fardeau. Une obsession silencieuse qui s’est immiscée dans toute ma vie.
L’obsession
Lorsque je suis en réunion, je vérifie régulièrement l’état de mes joues en prenant un selfie. La caméra avant est souvent plus flatteuse que la réalité, ça me rassure.
Chez des amis, je m’éclipse parfois aux toilettes pour vérifier ma couleur.
La rougeur peut arriver très vite. Sans prévenir. Sans raison apparente.
Les premières remarques
Dans mon enfance, je n’avais pas conscience d’avoir la peau sensible. J’étais une enfant réservée, qui vivait dans sa petite bulle.
Les premières remarques ont commencé au collège, pendant le sport. Deux heures de badminton me laissaient rouge écarlate pendant une demi-journée. Certains professeurs me regardaient comme si j’étais malade.
Puis sont venus les moments d’embarras. Mon téléphone sonne en pleine classe. Je dois aller au tableau. Et quelqu’un remarque :
« Tu es toute rouge. »
Je me sens immédiatement humiliée.
Parce que ce n’est pas quelque chose que je peux contrôler. Et pire encore : plus on me fait remarquer que je rougis, plus mes émotions s’intensifient. Plus la rougeur s’amplifie.
Les stratégies d’évitement
J’étais prisonnière de mon corps. Ou plutôt de mes émotions refoulées.
Chaque crise de rougeur me donnait envie de disparaître. Alors j’ai développé des stratégies : ne jamais prendre la parole en classe, éviter les inconnus, limiter les situations sociales, faire moins de sport.
Pourtant, seules quelques personnes remarquaient réellement ma rougeur.
C’était un drame invisible. Un drame que je vivais seule.
Le jour où j’ai dit stop
Dans la trentaine, j’ai commencé à en parler.
D’abord à un membre de ma famille qui imitait le bruit d’une explosion quand mes joues devenaient rouges. Après des années de remarques, je lui ai simplement dit :
« Tu vois bien que j’ai les joues rouges. Ça ne va pas disparaître. Ça fait partie de moi. »
Depuis ce jour, il a arrêté.
Puis j’en ai parlé à mon thérapeute. Selon lui, ma rougeur est une manifestation de mon enfant intérieur. Alors j’ai décidé de lui faire une place : j’ai imprimé et encadré une photo de moi enfant.
Au début, cela m’a fait pleurer. Puis j’ai commencé à me parler avec plus de douceur. Et peu à peu, je me suis libérée d’un poids.
Arrêter de faire semblant
Petit à petit, j’ai arrêté de faire semblant. Avec mes amis. Puis au travail.
Avant une grande présentation, je dis simplement :
« Je suis un peu stressée. »
Et immédiatement, mon anxiété diminue. Et mes rougeurs aussi.
Preuve que vouloir cacher sa rougeur ne fait souvent que la renforcer.
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise
Si vous croisez quelqu’un qui rougit facilement, souvenez-vous d’une règle simple.
Si une personne ne peut pas corriger quelque chose en cinq minutes, il vaut mieux ne rien dire.
- Une feuille de salade entre les dents ? On peut prévenir.
- Une braguette ouverte ? On peut intervenir.
- Une crise de rougeur ? On ignore.
La remarque ne résout rien. Elle ne fait qu’accentuer le malaise. Ce que j’aurais voulu, c’est qu’on détourne l’attention. Qu’on me donne quelques secondes de répit. Qu’on fasse comme si de rien n’était.
La rougeur signale déjà un embarras. Ne soyez pas celui qui l’amplifie.
Et s’il vous plaît — bannissez cette phrase :
« Tu es tout rouge. »
Mon enfant intérieur vous remercie.
Et si vous aussi vous rougissez, vous vous cachez, vous faites semblant — vous êtes exactement là où vous devez être.

